AFFAIRE RACHID BOURNI  
 

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Affecté sur la circonscription de saint Cyr l'Ecole, dans les Yvelines, le 1er septembre 2001, j'allais découvrir une délinquance qui était tout autre, que celle à laquelle j'étais confronté, en tant que Policier, dans la ville de Tours. Nous assurions la sécurité, sur quatre communes. La brigade de roulement était composée de sept effectifs, dont un stagiaire et un adjoint de sécurité. Au meilleur des cas, nous pouvions équiper deux patrouilles véhiculées, mais parfois, en fonction des congés, nous nous retrouvions à un seul équipage.

Bois d'Arcy, nous devions intervenir régulièrement, sur les parloirs de la Maison d'Arrêt. mais aussi dans un quartier, dans lequel, il n'était pas prudent de circuler. J'ai pu me rendre compte que les jeunes de la cité, n'hésitait pas à nous entourer, afin de nous dissuader d'exécuter sans crainte, notre patrouille de surveillance.

Aussi, j' entendais régulièrement, voire même quotidiennement, en cette fin d'année 2001, sur les ondes polices du district de Versailles et du département, des demandes d'interventions sur des braquages avec armes à feu. Les buralistes n'étaient pas à l'abri, et celui de Saint Cyr l'école, avait été victime d'individus armés et cagoulés, d'un vol de 3000 euros. Dans cette période, aussi le car jacking était monnaie courante, sur les grosses cylindrées.

Probablement en novembre ou décembre 2001, en fin de vacation, entre 19h et 21h00, alors qu'il faisait déjà nuit, suite à des coups de feu tirés dans les contre-bas de Saint Cyr l'Ecole, je suis intervenu avec mes collègues, sur les lieux. Les effectifs de Versailles, avaient été prévenus également. Nous avons trouvé un véhicule super 5 blanc, abandonné par ses occupants, dans lequel nous avons découvert des armes par destination, couteau de cuisine, matraque, et masques etc; nous avons trouvé également, des tâches de sang, dans l'habitacle.

L'Officier de quart de Versailles présent, m'a demandé de réunir tous ces objets, afin de les remettre aux officiers de police judiciaire de mon service, pour enquête. Je devais rédiger une main-courante avec tout le détail, et mon procès-verbal de saisine; ce que j'ai fait.

J'ai été surpris dès le lendemain, que le sac contenant toutes ces pièces à convictions m'avaient été retournées, déposées sur le sol, au Poste; retour à l'envoyeur. Le propriétaire du véhicule Super 5, avait tout de même été auditionné, mais celui-ci niait toute implication et nous devions en rester là, pour cette affaire.

Christian du Bureau d'Ordre et l'Officier François, était venu me voir, pour me dire que le Préfet venait de taper le point sur la table, car nous avions à Saint Cyr l'école, 1% d'élucidation, des affaires que nous avions en charge. Catastrophe bien sûr, alors que régnaient une insécurité affolante, les délits n'étaient pas poursuivis, et les auteurs continuaient leur vie en toute impunité. Il est évident, que les moyens matériels et humains, n'étaient pas en adéquation avec l'environnement. De plus, ce bâtiment vétuste, était complété par une baraque en préfabriqué; il est clair, que rien ne motivait les troupes, dans un tel contexte; plus tard, un nouveau commissariat de police recevait les effectifs, à Fontenay le Fleury.

Nous étions en Décembre ou janvier 2002, j'étais Chef de Poste. Un jeune homme de St Cyr l'Ecole, me racontait son histoire, victime de vol par effraction dans son appartement, et du vol de son véhicule, dans la foulée. Il était persuadé, que les auteurs étaient les locataires de l'appartement du même palier. Je l'ai envoyé au service des plaintes; il en est ressorti dépité, sachant qu'on ne donnerait pas suite, à ses déclarations.

Je me suis intéressé à cette affaire, même si ce n'était pas mon rôle. J'ai constaté quelques jours plus tard, que cette plainte était clôturée; sans enquête, évidemment, le Parquet allait classer sans suite. Les collègues se plaignaient du service Quart, commandé par un lieutenant de Police, d'environ 30 ans, qui apparemment, ne voulait pas trop se décarcasser, avec les histoires des autres..

J'ai donc entrepris, en parallèle avec mon travail de brigade d'intervention, d'enquêter sur cette affaire, étant sûr, de pouvoir l'élucider, au vu des éléments. J'allais rédiger tous mes actes, tous les éléments que j'allais récolter, sur le LRP, Logiciel de rédaction des procédures, sur la partie privée, non connectée au réseau Police.. Une sorte d'archive, qui n'aurait pas dû avoir lieu, mais qui pouvait être éditée, et réouvrir le dossier.

Je ne me souviens pas précisemment des détails de mon enquête, mais j'ai retrouvé la trace des individus dans le sud de la France; et le nom de l'auteur du vol du véhicule. En effet, la voiture de la victime, avait été mise en fourrière, à Avignon. J'avais réussi à obtenir l'identité de celui qui avait tenté de la récupurer; il s'agissait de Rachid BOURNI. Les éléments que j'avais en main, allait me permettre de confirmer que cet individu, logeait bien, mais officieusement, dans l'appartement en face de chez la victime. Mes démarches étaient, que celle-ci puisse récupérer son bien. Ce que nous avons réussi à faire.

Cette affaire n'était pas une simple histoire de vol, et allait sans me rendre compte, rejoindre une affaire criminelle. Alors que des fonctionnaires de Police, de la PJ de Versailles, nous rendaient visite au Commissariat de St Cyr l'Ecole, je leur ai posé la question, s'ils connaissaient le nommé BOURNI Rachid; surpris, il me répondait que oui. Je lui racontais brièvement l'affaire, et lui déclarant connaître la planque du malfaiteur sur St çyr l'école. Je me tenais à la disposition de la PJ avec les actes que j'avais rédigés; il avait pris mon numéro de téléphone. Cependant, je n'ai jamais eu d'appel, ou de prise en compte, apparemment, de cette affaire.

Le 5 mars 2002, alors que j'étais de repos, je me rendais avec mon véhicule, au Commissariat de Saint Cyr l'Ecole. Sur place, l'Officier du Bureau d'ordre, me questionnait, paniqué, pour savoir si je connaissais un nommé BOURNI. Le commandant de la BSU, service d'investigation, s'arrachait les cheveux, en me demandant s'il était vrai, que j'avais rédigé des actes, au cours de mes investigations. Bien entendu, j'étais transparent, et ma conscience était limitée à l'aide aux victimes.

Ce même jour, Rachid BOURNI et son compère, étaient interpellés, dans un appartement, je crois à Mantes la Jolie, avec l'intervention du RAID. Des armes à feu, ont été trouvées sur les lieux.

Il est évident, que ma hiérarchie, et plus précisemment, le lieutenant de Police du service des plaintes ou Quart, risquait sa place, au vu de l'importance de cette affaire, et de la dangerosité de ces individus. En effet, le 30 novembre 2001, l'un des assaillants faisait feu dans un bar-PMU à Epône. L'inaction de ces Officiers nous mettaient en danger, nous, en service d'intervention, en tenue d'uniforme, puisque ces deux braqueurs commettaient leurs agressions, en toute impunité, sur notre secteur; alors que donner suite à cette plainte de vol par effraction et de véhicule, aurait peut-être permis d'arrêter ces individus dangereux. Il est probable, que les attaques à mains armées, commises sur notre circonscription, impliquaient ces mêmes auteurs. Plus tard, consultant les fichiers de police, je n'ai pas remarqué que ces affaires avaient rejoint le nommé BOURNI Rachid. Aucun dossier réouvert, commme le braquage du buraliste de St Cyr l'école, ou ce vol par effraction et vol de véhicule, dont l'auteur était maintenant connu.

Le 12 mars 2005, Le Parisien éditait un article, et nous informait de la condamnation de Rachid BOURNI par la Cour d'Assises des Yvelines, à dix ans de prison, pour les deux braquages commis au centre Louvoisier à Mantes la Jolie le 18 octobre 2001, et celui du Bar PMU le Balto à Epône le 30 novembre 2001. (Voir article le Parisien du 10 mars 2005).